L’Afrique est-elle réellement victime de la mondialisation ?

lundi 3 février 2014

Il est souvent dit que les multinationales pillent les ressources de l’Afrique, sous-paient ses travailleurs et accaparent ses terres. Or, si ce pillage existe, il faudrait peut-être se poser la question de savoir s’il n’est pas organisé sous la bénédiction des dirigeants africains corrompus, qui empochent au passage des pots de vin et s’adjugent leur soutien pour s’accrocher au pouvoir. Par ailleurs les multinationales, selon James Bagwati (2010), payent un salaire moyen qui excède le salaire courant, en général de plus de 10% et parfois plus. L’argument de la course aux bas salaires ne tient pas, car si c’était le cas, l’Afrique aurait attiré l’essentiel des IDE. Concernant l’accaparement des terres, ce n’est pas la faute à la mondialisation. Ce sont les États africains qui, profitent de l’absence de droits de propriété formels, pour chasser les communautés autochtones de leurs terres ancestrales et conclure des transactions alléchantes dont l’essentiel de la recette est détourné par des politiques et des bureaucrates véreux.

Pourquoi l’Afrique ne profite pas de la mondialisation

On met aussi la paupérisation de l’Afrique sur le compte de la mondialisation. Certes, le nombre de personnes vivant dans une extrême pauvreté a augmenté de plus de 200 millions depuis le début des années 80. Aussi, le taux de pauvreté en Afrique subsaharienne reste le plus élevé au monde. Néanmoins, il faut noter que le taux de pauvreté extrême a tendance à baisser, puisqu’il a baissé de 17% sur la dernière décennie. Cette baisse aurait pu être plus rapide si les Africains ne dépendaient pas trop de l’informel pour leurs revenus. Comparativement, en Chine, il est passé de 84% en 1981 à 12% en 2010 et en Inde de 60% à 33%. Admettre que l’Afrique est victime de la mondialisation suppose qu’elle est pénalisée par son intégration dans l’économie mondiale. Or, l’observation des chiffres montre une autre réalité. D’une part, l’Afrique a une part insignifiante dans le commerce mondial (3,2% en 2011), et d’autre part elle draine peu d’IDE, soit 2%. Sans parler qu’elle souffre de fracture numérique. Le taux de pénétration du mobile en Afrique atteint 37%, sachant qu’il culmine à environ 90% sur les marchés matures. En 2008, on compte 4,2 internautes pour 100 habitants en Afrique, contre 23 pour 100 habitants dans le monde. Il s’en suit qu’au final l’Afrique ne peut pas être victime de mondialisation, car tout simplement, elle est sous-mondialisée. Dès lors, la question pertinente est plutôt de savoir pourquoi l’Afrique ne profite pas de la mondialisation.

Les entreprises africaines privée de profiter des économies d’échelle Cinq raisons peuvent être avancées pour expliquer cet état de fait. La première réside dans la rigidité de la spécialisation choisie par l’Afrique dans l’exportation de produits primaires de faible valeur ajoutée et qui plus est leurs cours sont volatils, accroissant leur vulnérabilité aux chocs exogènes. Une spécialisation statique qui a ignoré l’évolution de la structure du commerce international à partir des années 80, privilégiant plus les produits manufacturés à haute valeur ajoutée. L’absence d’investissements africains dans l’innovation et dans le développement technologique les a empêché de monter dans l’échelle de gamme. La seconde concerne la fragmentation des économies africaines illustrée parfaitement par la faiblesse du commerce intra-africain qui est de 11,3%, contre 50% en Asie et 70% en UE. Ce qui a privé les entreprises africaines de profiter des économies d’échelle permises par une taille plus étendue du marché. Le manque de compétitivité des entreprises africaines y est pour quelque chose. En moyenne, les entreprises africaines emploient 47 employés contre 977 pour les firmes chinoises. Avec une telle taille, les entreprises africaines ne peuvent rivaliser sur le marché mondial et saisir les opportunités offertes. Cela explique la faible participation de l’Afrique à la chaine de valeur mondiale, en raison d’une faible industrie. Celle-ci représente en moyenne 10% dans le PIB des économies africaines contre 33% pour l’Asie par exemple.

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