Le Sud : Quelles alternatives ?

Alger du 25 au 30 septembre 2013

lundi 4 novembre 2013

Thème : La vision du Sud-sud

Mots-clés : colloque, sud-sud, Alger

Le colloque organisé à Alger du 25 au 30 septembre 2013 a donné lieu à de riches débats qui ont pivoté autour d’un axe central : la question du « projet souverain », entendu comme la nécessité pour les peuples et les Etats du monde contemporain de réorganiser leurs choix de politiques d’une manière qui leur permette de prendre des distances à l’égard de la mondialisation imposée unilatéralement par les monopoles des centres impérialistes historiques, de s’élever au rang d’acteurs actifs dans le façonnement du monde, d’amorcer des formes de développement nouvelles, justes et durables.

Le colloque a permis de faire un tour d’horizon des facettes multiples de ce défi d’ensemble que constitue la construction d’un « projet souverain » : la définition des moyens de politiques économiques mettant un terme aux processus de dépossession et de paupérisation propres aux logiques du capitalisme, garantissant en contre point un partage des bénéfices du développement favorable aux classes populaires ; la définition des moyens de l’exercice du pouvoir politique ouvrant la voie à la démocratisation réelle et progressive des sociétés ; la définition des moyens garantissant le respect de la souveraineté des peuples et des Etats, ouvrant la voie à une mondialisation polycentrique négociée et non imposée unilatéralement par les plus puissants à leur seul profit.

Les débats ont permis de constater que les « projets souverains » des pays du Sud dits « émergents », au-delà de la diversité de leurs formulations, de la réalité de leur mise en œuvre et de l’efficacité de leurs résultats, sont tous très en deçà des exigences d’un développement social qui sorte des sentiers tracés par la logique fondamentale du capitalisme, elle-même fondée sur des formes de développement des forces productives qui sont destructrices des êtres humains et de la nature.

NOUVELLE ETAPE DE L’EXPANSION DU CAPITALISME ?

Un regard jeté rapidement sur la réalité immédiate inspire l’idée que nous entrons dans une nouvelle étape de l’expansion du capitalisme à l’échelle mondiale : on observe des taux de croissance élevés dans les pays émergeants en particulier, faisant contraste avec des taux voisins de zéro dans les centres historiques (Etats Unis, Europe et Japon). Cette expansion du capitalisme se concrétise donc par un transfert progressif de son centre de gravité de la vieille Europe et des Etats-Unis, vers l’Asie et l’Amérique du Sud. Les historiens considéreront qu’il s’agit là d’un retour à la normale : la Chine et l’Inde représentaient en 1800, à la veille de la révolution industrielle, une proportion du Pib de la production mondiale à peu près équivalente à leur population. Les premières places que ces pays occupaient sur la scène mondiale ne leur ont été ravies qu’à une époque très récente, au cours du XIXème siècle ; le gap Nord-Sud est récent ; mais il est devenu prodigieux.

La thèse de l’expansion du capitalisme est correcte sur un point fondamental : effectivement, les voies et moyens empruntés par tous jusqu’à présent ne font que reproduire les méthodes du système productif du capitalisme historique qui a crée et permis aux pays développés d’être ce qu’ils sont aujourd’hui, pour le meilleur et pour le pire. De le reproduire intégralement, et cela quel que soit le cadre politique, démocratique ou pas, quel que soit le cadre social acceptant les ravages de la paupérisation les plus abominables, ou largement atténué par des politiques sociales. C’est à dire d’une expansion qui développe les forces productives mais en même temps des forces destructrices de la nature, réduit le citoyen au statut d’observateur de la télévision et de consommateur, annihilant par là même toute authentique expression de la liberté individuelle.

Or ce modèle de développement destructeur n’est remis en question nulle part, ni au centre, ni à la périphérie. Il ne l’avait pas été au cours du XXème siècle dans les périphéries qui se sont libérées à des degrés divers du joug impérialiste et même du joug capitaliste, c’est à dire dans les socialismes historiques de l’Union soviétique, de la Chine et d’autres pays.

Néanmoins, et dans le cadre de ce jugement global sévère, il y a des variantes dont on ne peut ignorer la portée. On ne peut pas dire que les réalisations de la Chine ou de l’Equateur ne sont pas différentes de celles de la Colombie ou de du Pakistan ! Il y a donc des variantes,… selon que ces tentatives, ces avancées, sont inspirées par la volonté de construire un projet souverain ou, en contrepoint, s’inscrivent simplement dans la soumission aux exigences dominantes globales qui imposent de s’ajuster à un modèle de sous-traitance capitaliste (ce que j’ai appelé le « lumpen développement »).

Entre le projet souverain idéal, qui n’existe pas, et la sous-traitance pure et simple, qui est le cas de la majorité des pays du continent africain et du monde arabe contemporains, il y a souvent association d’éléments de projets souverains avec des stratégie des politiques d’ajustement à la sous-traitance dans le cadre impérialiste. On ne peut faire abstraction de ces nuances. Le défi n’est pas identique pour les peuples victimes du « lumpen développement » sauvage et pour les autres, qui bénéficient du développement d’ensemble de leur société. Il s’agit là de différences importantes qui garantissent plus de légitimité et de stabilité dans certains cas, beaucoup moins ou pas du tout dans d’autres.

L’argument qui est avancé pour justifier les choix dominants, encore aujourd’hui, dans le cas de projets souverains cohérents, est qu’il n’y a pas d’autres moyens de développer les forces productives : on ne peut rattraper qu’en copiant. C’est la voie facile et peut-être historiquement nécessaire jusqu’à un certain point. Cet argument est à la fois juste et faux : pour rattraper, il faut copier jusqu’à un certain point même si l’on sait, et on ne le sait pas toujours, que cette option comporte des aspects négatifs.

Dans la révolution russe et ensuite dans la révolution chinoise, beaucoup plus que chez nous dans les expériences comme celles du Nassérisme ou de l’Algérie de Boumediène, il y a eu au moins un début de lucidité qui avait amené les partis révolutionnaires à penser qu’il fallait à la fois rattraper et faire autre chose, c’est à dire construire des rapports de production socialistes. Mais progressivement, l’objectif exclusif du rattrapage s’est imposé, et « faire autre chose » a été graduellement oublié. C’est grave et je crois que si les termes de « socialisme » et « communisme » ont perdu aux yeux des classes populaires à travers le monde la force d’attraction qu’ils avaient il y a 50 ans, c’est justement parce que les circonstances ont obligé de donner la priorité absolue au rattrapage.

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