Martin Luther King et la lutte universelle pour la liberté des Africains, 50 ans plus tard

vendredi 11 octobre 2013

Source : Pambazuka news

Auteur : Edward H. Brown

Théme : Martin Luther King et la liberté des Africains

Le mercredi 28 août 2013 marquait le 50ème anniversaire de la marche historique sur Washington. Ce jour-là, 250 000 personnes sont venues à Washington de tous les coins des Etats-Unis, afin de manifester pour la liberté, l’emploi et l’adoption du Civil Rights Bill. C’est lors de cette occasion auspicieuse que le Révérend Dr Martin Luther King Jr a prononcé son plus célèbre discours. La partie la plus significative de son discours adressé aux manifestants était focalisée sur l’échec de la "Banque américaine de justice" d’honorer " son billet prometteur" donné à la population noire 100 ans auparavant, pour la justice et l’égalité.

En fait Dr King a dit qu’on nous avait donné un "chèque sans provision" retourné avec la mention "fonds insuffisants". Par coïncidence, le 28 août marquait aussi le 5ème anniversaire du discours historique du sénateur Barack Obama, en 2008, acceptant la nomination du parti Démocrate pour la présidence des Etats-Unis.

Au-delà de cette date spécifique, en 2013, il y aussi 150 ans depuis la proclamation d’émancipation, laquelle, par un ordre exécutif de 1863, a libéré les esclaves noirs dans les Etats rebelles du Sud, au cours de la Guerre Civile. C’est aussi le 50èeme anniversaire de la création de l’Organisation de l’Union africaine (Oua) par les chefs d’Etat africains des 32 nations nouvellement libérées, rassemblés en Ethiopie le 25 juin 1963 pour le sommet fondateur. En montant sur le podium et en entrant dans l’Histoire le 28 août 1963, Dr King était très conscient de ces évènements importants à l’exception, toutefois, d’un discours d’acceptation qu’un petit garçon afro-américain de deux ans, vivant dans l’Etat de Hawaï, était destiné à prononcer exactement 45 ans plus tard.

Dès le tout début, Dr King a vu son rôle comme étant celui de "tambour major" dans la lutte universelle pour la liberté de toutes les populations d’origine africaine. Trois mois après sa première victoire au cours du Montgomery Boycott qui a duré un an, en 1956, il s’était décembre retrouvé en Afrique de l’Ouest pour la célébration de l’indépendance du Ghana, le 6 mars 1957. A cette occasion il a rencontré le grand panafricaniste Dr Kwame Nkrumah, devenu le premier Premier Ministre avant de devenir le premier président du Ghana. Alors que Dr King regardait l’étendard britannique, l’Union Jack, ramené et les couleurs resplendissantes du Ghana hissées, il s’est tourné vers un représentant du Congrès, le révérend Adam Clayton Powell Jr, à sa droite, et à sa gauche Dr Ralph Bunch, le premier lauréat noir du prix Nobel de la Paix , pour dire : "Le vieux drapeau qui est ramené représente la mort de l’ordre ancien. Le nouveau drapeau représente l’avènement de l’ordre nouveau".

Dr King a été très touché par son expérience du Ghana et en parlait souvent, particulièrement dans sa propre paroisse, le Ebenezer Baptist Church. Immédiatement après son retour, il l’a intégrée dans un sermon intitulé "Birth of a Nation" (naissance d’une nation) et plus tard en s’adressant à une audience plus importante, dans un discours intitulé "demeurer éveillé au cours d’une grande révolution". Il a toujours placé l’indépendance du Ghana dans le contexte de la lutte pour la libération des populations noires d’Amérique et d’Afrique. A partir de ce jour du 6 mars 1957 jusqu’au 11 mai 1994, 37 ans plus tard, lorsque Nelson Mandela a été assermenté comme premier président noir d’Afrique du Sud, plus de 45 nations africaines ont gagné leur liberté politique.

Dr King était aussi en Jamaïque en 1964 lors du transfert de la dépouille de Marcus Garvey. A cette occasion, il a déposé une couronne au pied du mémorial de Garvey et lui a rendu hommage en ces termes : " Marcus Garvey a été le premier homme de couleur dans l’histoire des Etats-Unis à conduire et à développer un mouvement de masse. Il a été le premier homme qui, à un degré sans précédent, a donné à la population noire le sentiment qu’elle était quelqu’un".

Je crois que si le Dr King avait survécu a la tentative d’assassinat en 1968, il aurait été en Afrique du Sud dans les années 1970 et 80 pour mener la lutte pour la libération de Nelson Mandela et y obtenir la libération de la population noire par la non-violence. Grâce à ses efforts nous aurions pu voir Mandela libéré et élu premier président noir une décennie plus tôt, dans les années 80.

Ici aux Etats-Unis, il est grand temps que la "Banque pour la justice" accomplisse la promesse de son billet que Dr King et les manifestants pour la liberté sont venus encaisser à Washington, il y a 50 ans. La récente décision de la Cour Suprême d’éviscérer le Voting Rights Act (la loi pour le droit de vote) de 1965, entraîne le pays vers la révocation du 15ème Amendement de la Constitution des Etats-Unis qui donnait, au 19ème siècle, le 30 mars 1870, aux Afro-américains, le droit de vote.

L’acquittement de George Zimmerman, qui a pourchassé et assassiné un adolescent noir dont le seul crime était de rentrer chez lui avec une boissons froide et un cornet de bonbons, est cohérent avec la longue tradition instaurée par la Cour Suprême dans la décision de 1857 de Dred Scott, qui disait que les Noirs n’ont pas de droits que les Blancs sont tenus de respecter. Aujourd’hui, au cinéma, on peut voir, en 1926, le père d’un futur "majordome" tué de sang froid et son meurtrier blanc, qui vient de violer sa femme, s’en sortir en toute impunité.

Dans la vie réelle, et devant nos yeux, Zimmerman et d’autres qui ne partagent pas notre origine africaine, sont restés impunis pour des meurtres. Cette année c’est le cas de Trayvon Martin. En 1999, c’était le cas de Amadou Diallo. En 1955, le cas de Emmitt Till. La liste continue…

Pendant que les gens se rassemble à Washington DC à l’occasion de l’anniversaire de cette année, ce n’est simplement pas suffisant de commémorer la grande marche d’il y a cinquante ans et de se complaire dans les bons sentiments et de chaleureux souvenirs à propos de nos grands dirigeants "des temps anciens" et des "progrès" réalisés depuis lors. La meilleure façon pour les Manifestants pour la Liberté d’honorer la grand legs de notre passé est de formuler des exigences spécifiques et de faire des propositions comparables au Civil Rights Act (1964) et au Voting Rights Act (1965) qui pourront remédier aux injustices raciales persistantes de la deuxième décennies du 21ème siècle et qui continuent de représenter un clair et réel danger pour nous, en tant que peuple. A mon humble avis, l’émergence d’une Afrique politiquement unie, comme puissance mondiale, permettra d’accélérer ce processus. Selon les propres mots de Dr Kingn "l’injustice quelque part est une menace pour la justice partout"

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