Sénégal : Qui est derrière Senhuile-Senethanol ?

mardi 12 novembre 2013

Auteur : Crafs, Grain, Re:Common

Source : Pambazuka news

Thème : Accaparement des terres au Sénégal

Mots-clés : Sénégal, Crafs, Grain, accaparement des terres.

Sur une superficie de 20 000 hectares de terres accaparées dans une localité de la région nord du Sénégal, le projet Senhuile-Senethanol visait à installer une production d’agrocarburant. La résistance des populations a entrainé des morts et poussé le gouvernement et les investisseurs non pas à renoncer, mais à relocaliser leur projet dans une autre zone. Cette enquête dévoile les tenants et les aboutissants de cette affaire, avec ses complicités locales et internationales, et montre combien le scandale de l’accaparement des terres se double aussi d’activités probables de blanchiment d’argent sale.

Un investissement étranger controversé visant à produire des agrocarburants pour l’Europe (1) sur 20 000 hectares de terres agricoles au Sénégal a déplacé les communautés et suscité de violents affrontements entre paysans et forces de l’ordre. On s’inquiète également de plus en plus, au Sénégal, d’éventuels liens entre ce projet et des délits financiers, plus précisément du blanchiment d’argent. (2)

Comme cette entreprise commerciale, connue localement sous le nom de « projet Senhuile-Senethanol », est socialement importante au Sénégal, et comme des préoccupations semblables se font jour dans d’autres pays où des terres sont accaparées (Annexe 1 : voir article suivant), le Cadre de réflexion et d’action sur le foncier au Sénégal (Crafs), Grain, Re:Common et Sherpa ont décidé d’enquêter conjointement. (3)

Nous avons commencé par essayer de découvrir quelles étaient les personnes qui étaient derrière ce projet. Cela n’a pas été tâche facile. L’identité de certains des investisseurs s’est avérée dissimulée à la fois légalement (aux États-Unis et au Sénégal) et politiquement (au Sénégal et en Italie). (4) Nous avons dû faire appel à des enquêteurs professionnels dans plusieurs pays dans la mesure où nous ne pouvions pas obtenir des informations qui devraient être disponibles et accessibles à tous par le biais des méthodes traditionnelles. (5)

Dans notre quête d’informations, nous avons directement pris contact ave l’Agence sénégalaise de promotion des investissements (Apix), mais le versement d’un pot-de-vin nous a été demandé si nous voulions obtenir des documents élémentaires sur les investisseurs. (6) Nous avons également examiné le rôle éventuellement joué par la législation italienne dans l’orientation prise par ce genre de projets agricoles à l’étranger (Annexe 2).

Après six mois de recherches, nous avons pu découvrir en grande partie le réseau complexe des acteurs douteux et des structures juridiques troubles qui ont un lien avec ce projet. Toutefois, les questions concernant la propriété réelle du projet demeurent.

LE PROJET

L’initiative du projet revient à Senethanol Sa, une société basée à Dakar et créée par des investisseurs sénégalais et étrangers en 2010. Senethanol a signé le bail d’origine, de 20 000 ha, avec la communauté rurale de Fanaye dans le but de cultiver des patates douces pour la production de biocarburant destiné au marché européen. Cependant, les tensions politiques au sein de la communauté et l’opposition au projet ont dégénéré en un violent conflit le 26 octobre 2011, se soldant par deux morts, plusieurs dizaines de blessés graves et un pays sous le choc. Le projet a rapidement été suspendu par le président Abdoulaye Wade. Peu après, Macky Sall était élu président. Par décret présidentiel, il a ré-approuvé et relocalisé le projet dans la réserve naturelle de Ndiael, où il a reclassé 20 000 hectares de terres forestières en terres agricoles à l’usage des investisseurs. Depuis lors, le projet a été mis en œuvre par Senhuile Sa, une coentreprise entre Tampieri Financial Group, Italie, et Senethanol Sa, basée à Dakar.

À notre connaissance, ce projet n’a plus pour objet de produire des biocarburants, pour des raisons techniques et financières. Il vise maintenant à la production de graines de tournesol (pour l’exportation vers l’Europe), de graines d’arachide (pour l’État sénégalais, dans l’éventualité d’une pénurie soudaine) et d’aliments pour animaux (pour les communautés locales touchées par le projet).

Le projet continue de susciter des tensions et des conflits. Trente-sept villages en ressentent les impacts directs. Certains se retrouvent soudainement encerclés par ce projet et séparés de leurs pâturages et des sources d’eau ; ils se sentent dépossédés par l’État et ne savent pas comment faire pour survivre. (7) D’autres se plaignent de harcèlement, d’expulsions et de compensations insuffisantes. En juin 2013, trois enfants ont perdu la vie en tombant dans un canal creusé pour apporter des eaux d’irrigation aux cultures du projet. (8)

Alors que beaucoup de questions brûlantes entourent ce projet, notre tâche était d’identifier les investisseurs derrière celui-ci. (9)

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