Organisations de la société civile dénoncent le programme proSAVANA

mardi 11 juin 2013

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Langue : Espagnol.

Type de document : Communiqué.

Thème : programme proSAVANA : usurpation de terres à grande échelle.

Mots clés : Société civile, usurpation de terres, programme proSAVANA, Japon, Brésil et Mozambique.

Pays : Nord de Mozambique.

Des groupes de la société civile ont réussi, suite une fuite, à accéder finalement à un exemplaire de la version plus récente, datée du mois de mars 2013, du Plan directeur du programme proSAVANA. Le document montre clairement les intentions du projet et confirme que les gouvernements du Japon, du Brésil et du Mozambique sont en train de préparer, en catimini, le chemin pour usurper des terres à grande échelle dans le nord du Mozambique. Plusieurs organisations mozambicaines et ses partenaires internationaux transmettent ce plan au grand public, accompagné de certaines réflexions préliminaires.

ProSAVANA est un programme entre le Japon, le Brésil et le Mozambique pour appuyer le développement agricole au Nord du Mozambique. D’après l’exemplaire du Plan directeur, envoyé à la société civile, le programme serait appliqué sur une zone de plus de 10 millions d’hectares dans les 16 districts de 3 provinces au Nord du Mozambique : Nampula, Niassa y Zambezia. Dans cette région, appelée le Couloir de Nacala, plus de 4 millions de personnes vivent et dépendent de l’agriculture.

Tout le processus de conception du programme proSAVANA a été marqué par l’absence totale de transparence, de consultation ou de participation publique. Tandis que les grandes sociétés d’agrobusiness ont constitué des délégations gouvernementales pour identifier des possibilités d’affaires dans le Couloir de Nacala, les 4 millions d’agriculteurs qui habitent la région en question, non pas reçu d’informations sur les objectifs reflétés dans le Plan Directeur. Les gouvernements ont refusé, jusqu’à présent, rendre public cette version et les précédentes du Plan directeur.

Le Plan directeur a été conçu par une équipe de consultants étrangers ayant des liens étroits avec les sociétés multinationales de l’agrobusiness, dont certains ont déjà occupé des terres des zones comprises dans le programme proSAVANA 1. Les communautés locales n’ont pas été consultées et le Plan ne prend pas en considération leurs besoins, leurs expériences et leurs savoirs, encore moins leurs aspirations pour l’avenir. Leurs systèmes locaux agricoles et leurs productions d’aliments ne sont pas non plus tenus en compte.

ProSAVANA est présenté comme un programme de développement/assistance, cependant la version du Plan directeur en mains de la société civile montre qu’il s’agit tout simplement d’un plan pour que les grandes sociétés maîtrisent et contrôlent l’agriculture du Mozambique.

Que représente ce Plan directeur pour les petits agriculteurs ?

Les créateurs du Plan proSAVANA ont déclaré à maintes reprises qu’il s’agit d’un programme d’assistance aux petits agriculteurs. Mais, le Plan directeur ne tient compte que de l’appui des petits agriculteurs aux agrobusiness. Ceci pourrait être résumé en deux idées principales :

1. Éloigner les agriculteurs de l’agriculture itinérante et des techniques traditionnelles de la gestion des terres afin qu’ils adoptent des techniques de culture intensive à partir des semences commerciales, des composants chimiques et des certificats de propriété privée.

Bien que dans la région aucune analyse des techniques agricoles traditionnelles ait été faite, le Plan directeur affirme que la ‘ transition de l’agriculture itinérante vers l’agriculture sédentaire est une nécessité urgente’ et qu’elle est en outre ‘la principale stratégie du plan’. Le Plan promeut des actions pour ‘combattre la pratique de l’agriculture itinérante’.

Le Plan reconnaît qu’il est fort probable que les agriculteurs se résistent à abandonner leurs formes traditionnelles de l’agriculture, donc il propose plusieurs formules pour les motiver à le faire, parmi lesquels se trouvent : la formation ‘d´agriculteurs modèles’ pour montrer les avantages de l’agriculture intensive, ‘ des mesures d’incitation sous forme d’un système de subventions pour acheter des engrais chimiques’ et ce qui encore plus important, la délivrance des certificats accordant le droit d’utilisation et d’exploitation de la terre (DUAT sous les sigles en espagnol) aux agriculteurs qui changent de statut.

Pour nous il est évident que le véritable but visé, derrières ces tentatives de convaincre les agriculteurs à faire une culture intensive, se trouve la privatisation de la terre à la portée des investisseurs étrangers. Limiter les agriculteurs à une parcelle est une façon de délimiter les terres d’une manière pour évidente pour les investisseurs et de faciliter aux gouvernements de provinces la création de ‘banque de terre’ prévu par le Plan pour les sociétés. Cela favoriserait l’accès des investisseurs à la terre sans passer par des négociations avec les communautés. L’existence de l’Enregistrement de la Terre de petits et des moyens agriculteurs du Plan directeur, réaffirme qu’il a pour but de ¨favoriser l’identification des zones pour la promotion de l’agriculture par des gros propriétaires fonciers, par des entreprises privées et par des producteurs moyens¨. C’est aussi une forme de ‘créer une ambiance de coopération et d’intégration entre les petites exploitations et les nouveaux investisseurs’.

2. Pousser les agriculteurs à travailler moyennant un régime de production sous contrats passés avec les entreprises agricoles de transformation et conditionnement.

Le Plan directeur parcelle le Couloir de Nacala en zones et il décide les cultures appropriés à cultiver, où et comment elles doivent être cultivées et par qui (des petits agriculteurs, des moyens agriculteurs ou des grandes entreprises). Dans ces zones, le plan applique plusieurs projets pour la production des matières premières agricoles (commdities), certaines repérées exclusivement dans les grandes exploitations foncières d’entreprises, d’autres dans une sorte de mélange des grandes et moyennes exploitations et sous des systèmes de production sous contrats avec des petits agriculteurs.

L’agriculture sous contrat ne va pas améliorer la vie des petits agriculteurs de cette zone, tout au contraire, ils seront plus dépendants d’une seule entreprise pour toutes les démarches, depuis l’achat des graines jusqu’à la vente des récoltes. Un des projets d’agriculture sous contrat proposé par le Plan envisage un revenu sur l’investissement de l’ordre du 30% par an pour l’entreprise, tandis que les agriculteurs du projet seront obligés de consacrer 5 hectares sur les 5,5 à recevoir pour la production de manioc sous le système de production sous contrat avec l’investisseur.

Un paradis pour les grandes entreprises

Le Plan offre plusieurs possibilités d’affaires sur lesquelles les entreprises peuvent investir et obtenir des gros rendements de l’ordre du 20 à 30% par an. Les entreprises investisseuses pourront accéder au Fonds Nacala, ayant un capital de deux milliards de dollars, financé par les gouvernements et des investisseurs du Japon et du Brésil. Bien que les détails concernant le Fond n’apparaissent pas dans l’actuelle version du Plan directeur, des sources indiquent qu’il sera enregistré dans un paradis fiscal de Luxembourg et il sera appelé Africa Opportunity Fund 1 : Nacala. (Voir : http://www.g15.org/ ).

Certains projets du Plan accorderont des grandes étendues de terres aux investisseurs. Le Groupe intégré des céréales est prévu pour le District de Majune, dans la province de Niassa et sera dirigé par une entreprise verticalement intégrée qui exploitera 9 propriétés à 5 000 hectares, dans une zone de production de 60 000 hectares, dont les travaux agricoles seront exécutés par rotation ; du maïs, du soja et du tournesoleil, essentiellement pour l’exportation. D’après ce Plan, ‘le projet a un taux de rentabilité très haut et le taux de rendement est estimé en 20,3% avec une échéance prévue de 9 ans¨. Le Plan directeur impose l’expansion et la diffusion des projets comme ceux-ci sur tout le Couloir.

Les entreprises tireront profits de plusieurs Zones Économiques Exclusives (ZEE) proposées dans le Plan. Dans ces Zones les entreprises seront exemptées d’impôts et des droits de douane, et pourront bénéficier des accords financiers offshore. Ces ZEE se trouveront dans les principales localités identifiées dans le projet pour la transformation et commercialisation, ce qui réduira drastiquement les revenus du gouvernement, moyennant un développement planifié des industries du secteur d’exportation agricole.

Depuis la première conception du proSAVANA en 2009, nombreux investisseurs étrangers et leurs partenaires locaux avaient déjà acquis de grandes surfaces de terre dans le cadre du programme, provoquant beaucoup de conflits fonciers avec les communautés locales. Le Plan directeur a pour but d’attirer encore plus d’investisseurs pour cette région, entraînant évidement de conflits fonciers plus violents.

La principale solution que le Plan directeur propose pour ces conflits est les ¨Directrices de proSAVANA pour l’IAR¨ (Investissement agricole responsable). Ces directrices sont, principalement dans une liste fondée sur les sept principes de l’IAR, formulés par la Banque Mondiale et fortement critiqués par toutes les organisations de paysans et des groupes de la société civile. Les ‘Directrices de proSAVANA pour l’IAR’ seront inclues dans l’annexe dans le ‘Livre de données pour les Investisseurs privés’ qui sera lancé en août 2013, dans le cadre des initiatives pour promouvoir l’investissement de l’agrobusiness dans le Couloir de Nacala.

Les directrices sont limitées et facultatives et le Plan ne prévoit pas de nouvelles lois ou de normes qui permettent défendre efficacement les communautés contre l’acquisition illicite de terres. Le Plan à peine signale que ¨ les investisseurs privés, intéressés au développement agricole du Couloir de Nacala, seront appelés à s’acquitter de ces principes, de leurs propres codes internes de comportement et l’autoréglementation volontaire¨.

Quel est le résultat final de ce Plan ?

Le Plan directeur, sous sa forme actuelle détruira l’agriculture des paysans, ruinera les systèmes de manipulation de graines des agriculteurs, les savoirs coutumiers, les cultures alimentaires locales et les systèmes traditionnels de gestion de la terre. Il déplacera les paysans de leurs terres et les forcera à exploiter des parcelles fixes de terre, dans lesquelles ils seront obligés de produire sous contrat de production pour les entreprises et contracteront des dettes afin de payer les semences, les engrais et les pesticides nécessaires. Les paysans avec des certificats fonciers courront l’énorme risque de perdre rapidement leurs tenures en faveur des entreprises et des grands agriculteurs.

C’est révélateur qu’à peine un des sept thèmes du Plan directeur vise les petits agriculteurs et la production d’aliments pour la subsistance familiale. Et ce point ne propose que le même vieux modèle de développement proposé par la révolution verte échouée. Le Plan directeur ne perd pas de temps, ni d’énergie pour les consacrer aux nécessités et les potentiels des paysans du Couloir de Nacala.

Les grandes entreprises sont les bénéficiaires de ce Plan directeur. Elles auront le contrôle de la terre et de la production, elles contrôleront le commerce des aliments produits, qui seront exportés à travers des routes, des chemins de fer et du port de Nacala, tous construits par d’autres sociétés étrangères payées de ressources publiques du Mozambique et du Japon. Des sociétés étrangères de semences, de pesticides et des engrais feront la grande affaire avec cette énorme expansion de l’agriculture industrielle à l’intérieur de l’Afrique.

Il y aura quelques Mozambicains qui en tireront de profits. Par exemple, la famille la plus riche du Portugal a crée une société mixte, pour acquérir des terres et pour produire du soja au Nord du Mozambique, avec une société nationale sous le contrôle des amis et des proches du président du Mozambique et en collaboration avec un de plus grands entrepreneurs agricoles du Brésil. Mais ces bénéfices seront aux dépens de Mozambicains ordinaires.

Voir le Plan directeur confirme notre détermination d’interrompre le programme proSAVANA et d’appuyer les paysans et le peuple mozambicain dans sa lutte pour la souveraineté alimentaire.

29 avril 2013

Signé par :


- Justice Environnementale, JA !

- FoE Mozambique (Moçambique)

- Forum Mulher (Moçambique)

- Livaningo (Moçambique)

- LPM - Landless Peoples Movement (Member of Via Campesina - South Africa)

- Agrarian Reform for Food Sovereignty Campaign (Member of Via Campesina - -South Africa)

- AFRA - Association for Rural Advancement (South Africa)

- GRAIN Friends of the Earth International (FoEI) (*le plus grand réseau d’organisations écologiques de base, membres intitutionnels dans 74 pays avec plus de deux millions des membres)

- National Association of Professional Environmentalists (NAPE) /

- Friends of the Earth (FoE)

- Uganda FoE Swaziland Amigos da Terra Brasil /

- FoE Brésil Mouvement Madre Tierra,

- Honduras NOAH Friends of the Earth Denmark GroundWork (Amis de la Terre Espagne /

- Friends of the Earth Spain Environmental Rights Action /

- FoE Nigeria Sahabat Alam Malaysia/

- FOE Malaysia SOBREVIVENCIA,

- Friends of the Earth Paraguay CESTA,

- FOE El Salvador Earth Harmony Innovators (South Africa) Ukuvuna (South Africa)

- FoE Africa Kasisi Agricultural Training Centre (Zambie)

Tejiendo Redes.
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