ALER : Note sur la démocratisation des médias

vendredi 10 mai 2013

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Auteur : Gerardo Lombardi

Éditoriale et Canal : Association Latino-américaine d’Éducation Radiophonique (ALER)

Type de document : Article

Langue : espagnol

Thème : Communication

Mots clés : Communication, Démocratie, Droits de l’homme, Droit à l’information, Législation, Médias, Politiques publiques

Pays et Régions : Amérique latine

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Lorsque ma mère est née, elle et la plupart des femmes de l’Amérique latine et des Caraïbes (ALC) n’avaient pas le droit de voter pour les élections… Aujourd’hui, qui avec un peu d’intelligence mettrait en question le droit politique des femmes au vote au cours des élections ?

Ce matin je suis allé au marché acheter une lettre peinte et j’ai demandé le "G" et la dame âgée de plus de 60 ans, très gentiment m’a donne le "J". Alors je lui ai répondu que ce n’était pas celle-là, que je voulais le "G" de gaz et alors elle m’a dit : Oh ! Excusez-moi, le problème c’est que ne suis pas allée à l’école… Cette dame n’est pas allée, mais ses petits-fils peuvent jouir du droit à l’Éducation publique comme un droit de l’homme accepté par la société moderne occidentale.

Aussi, le droit à la santé publique est un droit humain incontestable dans nos pays, tel est le cas du droit à la communication politique, qui est un droit inaliénable. Ceci est directement proportionnel à la démocratisation d’une société qui vise la Paix et pas la Guerre.

Dans ce sens la Participation politique, l’Éducation, la Santé et la Communication sont des droits humains, des droits publics et pas des affaires. Ce sont des droits que l’on atteint, on les exige et on les jouit. Nos États et nos sociétés ont encore beaucoup à faire pour les réaliser actuellement et dans nos peuples.

L’Amérique latine et les Caraïbes est un des continents ayant les plus hauts taux d’inégalités et d’injustices sociales de la planète. La brèche entre les secteurs avec plus d’opportunités et les plus exclus est de plus en plus grande. C’est un fossé injuste, inhumain et immoral. C’est une brèche historique, aujourd’hui nous assumons le fardeau des conséquences des décisions prises jadis. À présent, nous ne pouvons pas changer le passé, mais par contre, nous devons changer ce que nous voulons vivre demain.

Mario Kaplun, un des pères fondateurs de la Communication populaire en ALC, disait un peu près comme suit : en fonction du modèle de société bâtie, c’est en totale cohérence que l’on développe un modèle de communication avec les mêmes caractéristiques. C’est ainsi qu’une société comme celle de l’El Salvador, qui a souscrit la paix en 1992 et qui s’est engagée dans des processus de démocratisation, a beaucoup de succès à montrer, mais il a également beaucoup de missions en cours.

Pour nous, toute Communication est publique, c’est un droit de l’homme, mais seulement sa gestion peut être :

- Privée : La propriété privée est un droit, tirer des bénéfices d’un moyen de communication social est licite. Cependant, comme tous les droits de l’homme, cette activité doit être régie par des normes, identifier ses portées et ses limites. L’appât du gain ne peut pas être par-dessus de sa responsabilité sociale avec les secteurs les plus pauvres. Elle doit avoir pour loi, la participation de tous les secteurs dans son programme. En outre d’un projet économique, d’un moyen public d’administration, c’est un projet social, qu’il faut contrôler systématiquement, donc, la concession ne doit pas être éternelle. Et encore moins vendue aux enchères, parce qu’il ne s’agit pas d’une affaire, qui apporte de l’argent, c’est une activité sociale. Nous ne voulons pas de ‘Moyens’, nous voulons de ‘Entiers’.

- Étatique : Comme le secteur privé, l’État et ses institutions doivent avoir le droit de gérer les Moyens de Communication Sociaux (MCS) et l’obligation de ne pas les manipuler en fonction du gouvernement, mais de toutes la société, Il faudrait qu’ils soient autonomes économiquement, politiquement et juridiquement. Ils doivent être aussi vastes pour couvrir toute la société. Nous devons fixer la portée et les limites, leur but doit être social, mais le marché pourrait être employé afin de compléter sa viabilité. La participation de tous les secteurs dans son programme doit avoir force de loi, il faudra les contrôler aussi systématiquement, donc la concession ne doit pas être éternelle. Nous ne voulons pas de ‘Moyens’, nous voulons de ‘Entiers’.

- Privées sans but lucratifs : Dans ce groupe se trouvent les Moyens de Communication Sociaux Communautaires, Populaires, Participatifs, Éducatifs, Culturels et de dizaines d’autres. Ils doivent grouper les mêmes caractéristiques des MCS étatiques, mais leur gestion est dans les mains des privées sans but lucratifs. Il serait bon que l’État moyennant ses institutions, puisse financer ces moyens comme il fait avec les autres institutions qui garantissent les autres droits ci-dessus mentionnés (l’éducation, la santé, etc.). Ces moyens devraient être pluriels et pluralistes, représentant la diversité de la communauté qui les promeut. Nous ne voulons pas de ‘Moyens’, nous voulons de ‘Entiers’.

C’est pour quoi il est impératif de changer les lois et les politiques publiques de communication entre nos pays pour assurer en égalité de conditions l’exercice du droit à la communication. Partager le spectre radioélectrique en trois parties pareilles, une pour chaque secteur, est directement proportionnel à la construction d’une démocratie inclusive et accessible à tous. Les trois secteurs devront participer en égalité de conditions techniques, juridiques, économiques et politiques.

C’est un débat qui comprend toute la société. Seulement s’il est abordé et adopté à la maison, dans les rues, à l’université, au gouvernement, dans l’opposition, à l’assemblée, dans la place publique… on pourra assurer que personne ne soit exclu. Cela n’est pas facile dans une société polarisée. Il ne s’agit pas d’avoir représentés dans les programmes les extrêmes adversaires, il faudra identifier des points de rencontre et de consensus. L’on ne parvient pas à l’équilibre avec deux déséquilibrés.

Finalement, attention avec ce qui est le signe sexy du moment. L’informatique ! Ce n’est pas, en fait, une conversation entre techniciens, mais sur des politiques publiques. La numérisation pourrait multiplier en 4 ou 6 la concentration et le monopole, ce qui porterait atteinte à la démocratie de nos peuples, ou pourrait ouvrir de nouvelles voies de participation pour les autres secteurs qui ne sont toujours pas représentés dans le spectre radioélectrique. Nous ne voulons pas de ‘Moyens’, nous voulons de ‘Entiers’.

Voir en ligne : Note sur la démocratisation des médias

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