Argentine : Freiner l’ethnocide

lundi 13 mai 2013

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Auteur : Darío Aranda

Publication : Observatoire des Droits de l’Homme des Peuples Autochtones (ODHPI)

Canal : Union Latino-américain de Techniciens ruraux et agraires (ULTERA)

Tipe de document : Article

Langue : espagnol

Thème : Peuples autochtones

Mots clés : Droits de l’homme, Droits des peuples autochtones, État, Ethnocide, Génocide, Gouvernement, Organismes internationaux, Peuples autochtones, Territoire

Pays et Régions : Argentine

Sommaire :
-  Modèle
-  Peur et lutte
-  CELS
-  Sommet autochtone
-  Ethnocide
-  “On ne tolère plus”
-  DDHH
-  Maravilla
-  Réaction et silence

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La violence contre la communauté Potae Napocna Navogoh (Le Printemps) et les plaintes déposées contre le gouverneur Insfrán, le silence de la Présidente et le rôle des organismes des droits de l’homme. Les peuples autochtones de l’Argentine marcheront vers Formosa.

"Nous avons essayé de parvenir à la Présidente, mais pas de réponse. Le silence nous vexe et nous écrase". La remise en cause, dans un ton triste mais colérique, vient d’un des référents des droits de l’homme en Argentine, Nora Cortiñas, membre des Mères de la place de Mai Ligne Fondatrice. Hier, au cours de la Conférence de presse des organismes des droits de l’homme ont dénoncé "l’ethnocide" à Formosa, la "violence systématique" contre la communauté Potae Napocna Navogoh (Le Printemps) et ont exigé des mesures urgentes du Gouvernement National pour freiner la violence. Amanda Asijak (épouse de Félix Diaz) a avoué avoir peur de l’avenir de ses enfants, elle a reconnu que le leader Qom pense s’écarter un peu, bien qu’elle ait affirmé que tous les deux doivent poursuivre la lutte. Au mois de juin aura lieu un grand sommet sur des questions autochtones, des communautés de tout le pays à Formosa.

Le week-end dernier la communauté a été à la page après qu’une bande de voyou ait attaqué l’enfant de Félix Diaz et d’Amanda Asijak. La conférence de presse a été convoquée à cause de la nouvelle attaque contre la famille du dirigeant Qom, le salon du Service de Paix et Justice (Serpaj) était petit, des journalistes et des militants ont débordé l’endroit. "C’est un bon signe" a manifesté le hôte, Adolfo Pérez Esquivel, qui n’a que remarqué "a grave situation dont souffrent les peuples autochtones au pays, notamment le Peuple Qom de Formosa". Il a annoncé qu’ils allaient parler en tant que membres de la "Commission de garants" constituée (depuis deux ans) dans le cadre du Bureau de Dialogue reconnu par le Gouvernement national.

Modèle

Aldo Etchegoyen, de l’Assemblée Permanente des Droits de l’Homme (APDH) a signalé que "la constante dans le pays est l’avancée de la frontière de soja et des mines sur les peuples originaires" et que "ce modèle entraîne des déblaiements, des blessés et des morts". Il a dénoncé que "le Gouvernement aussi bien que la Justice" discriminent les peuples autochtones et il a rappelé qu’il existe des lois (qui protègent leurs droits) mais qu’elles ne sont pas appliquées. Il a cité la Loi 26.160, approuvée en 2006 interdisant les mandats d’expulsions et exonérant d’impôt territorial. "Mais les expulsions continuent" a-t-il ajouté. Il a manifesté qu’au mois d’avril dernier il a été signé à Formosa, en présence du secrétaire des Droits de l’Homme de la Nation, M Martin Fresneda ; un protocole d’intervention afin de garantir l’intégrité des familles de la communauté Le Printemps. "Quelques jours après de son adoption, Abelardo (fils de Félix et d’Amanda) a été attaqué. C’est une nouvelle provocation du gouvernement de Gildo Insfrán", a-t-il affirmé.

Peur et lutte

Amanda Asijak a pris la parole dans un ton suave mais ferme, son intervention était très attendue, à cause de la santé de son fils et des versions sur les futures démarches de Félix (des rumeurs indiquaient qu’il allait abandonner son rôle de "Qarashé", c’est-à- dire autorité en lange Qom). "Je suis marquée par ce qui est arrivé à mon fils, ce n’est pas pourtant la première fois ; je suis mère et c’est bien difficile. C’est un coup très dur et nous en souffrons", c’étaient ses premières phrases. Elle a raconté qu’elle avait parlé avec Félix et qu’elle l’avait senti triste, avec des "envies d’abandonner la lutte". Elle a expliqué qu’il n’avait pas encore pris de décision, qu’ils en parleraient en famille dès son arrivée à Formosa. "Je dois dire à Félix qu’il faut suivre. Continuer de lutter pour la terre, la santé et l’eau", mais elle a aussi reconnu que "de longues années se sont écoulées et nous n’avons rien de concret". Elle a rappelé la répression en 2010 et elle a avoué qu’elle avait peur de ce qui pourrait arriver à ses enfants, elle a cité "l’assassinat de son neveu" (Daniel Asijak en janvier dernier –la communauté a dénoncé une attaque et le gouvernement de Formosa a déclaré que c’était "un accident" de la route-).

Amanda a parlé des dirigeants gildistes (partisans de Gildo) qui sont dans la communauté, elle a réclamé "du soutien pour aller de l’avant" et elle s’est posée plusieurs fois la question "où sont nos droits ?"

Pendant les dix minutes d’intervention, nous avons senti sa crainte pour l’avenir de ses enfants et elle a conclu comme elle avait commencé, avec une voix suave et ferme elle a dit : "Même si la police nous bat, nous devons continuer de l’avant, nous n’allons pas baisser les bras, nous allons continuer la lutte, comme Peuple Qom, comme Peuple originaire". Elle a été longuement applaudit.

CELS

Le Centre d’Études juridiques et sociales (CELS sous le sigle en espagnol) maintient un équilibre difficile. Il est reconnu par la défense des droits de l’homme, proche au gouvernement national, il mène le dossier de la communauté Le Printemps. "On apprécie ici une situation complexe et aussi injuste", a signalé l’avocat du CELS, Federico Efron.

Il a expliqué qu’il y avait quatre affaires judiciaires, deux au titre d’usurpation et deux par la fermeture d’une route en 2010 qui a provoqué la répression du 23 novembre 2010 et l’assassinat du grand-père Qom Roberto Lopez. Ce jour-là la police de Formosa a battu des membres de la communauté et a mis le feu à une vingtaine de maisons. Mais compte tenue la justice paradoxale de Formosa : il y a 23 inculpés Qom, dont Féliz Diaz et sa femme Amanda Asijak.

Efron a rappelé que Félix Diaz a été objet des poursuites il y a deux semaines pour "usurpation" du territoire communautaire. "Il y a une poursuite contre Félix" a-t-il affirmé.

Sommet autochtone

Veronica Hullipan, secrétaire de Rapports avec les Peuples originaires de CTA et de l’Observatoire des droits de l’homme des peuples autochtones (ODHPI) a affirmé que la criminalisation des peuples autochtones existe tout le long du pays, mais qu’à "Formosa la situation présente une situation paradigmatique, où ne peut plus continuer la soumission et la tyrannie". Elle a expliqué que la violation des droits se répète dans les quatre populations qui habitent la province (Qom, Wichí, Pilagá et Nivaclé). "Les quatre populations réclament leurs droits collectifs, leurs territoires et leurs droits humains y sont violés" signale-t-elle. Elle a commenté qu’on y trouve des morts provoquées par des maladies guérissables et par malnutrition et elle a déploré qu’à la communauté Le Printemps on trouve de "tueurs à gage autochtones qui attaquent leurs frères de lutte".

Elle a nommé un acteur qui était jusqu’à ce moment-là absent à la conférence de presse : "L’INAI (Institut national des questions autochtones) bras droit du gouvernement national à Formosa, agit toujours en faveur de Gildo Insfrán. L’INAI devrait reconnaitre en Félix Diaz un Qarashé de la communauté, mais il suit les instructions d’Insfrán et réagit contre Félix" a dénoncé la dirigeante mapuche.

Elle a déclaré qu’un "geste" était nécessaire de la part du gouvernement national envers les peuples originaires et elle a annoncé que des communautés autochtones de tout le pays allaient se réunir du 3 au 5 juin à Formosa pour "exiger le respect de nos droits et pour montrer clairement le soutien à la lutte des quatre populations autochtones de Formosa".

Ethnocide

Lorena Cardín est la personne extérieure à la communauté Qom qui connaît le plus Potae Napocna Navogoh (depuis douze ans elle les accompagne, sur place, leurs luttes, leurs joies et leurs malheurs). Elle est anthropologue et enseignante à l’UBA. "Nous dénonçons l’ethnocide à Formosa" a déclaré Cardín et elle nous a expliqué qu’il y a des morts causées par la tuberculose, par le mal de Chagas et par le manque des services médicaux et sanitaires.

Elle a commenté les traditionnels arguments officiels, elle a reconnu que la province a été pionnière en 1984 en bénéficiant d’une loi qui reconnaissait les droits autochtones. "Mais cela a pris 29 ans ! Cependant cet acquis ne résout pas la situation actuelle des quatre populations autochtones qui habitent Formosa" elle a poursuivit "nous y assistons à un contrôle total de Gildo Insfrán, par exemple le plan national de potagers familiaux, qui relève de l’INTA et du Ministère du Développement Social, le Pro Huerta, ne peut pas vendre des semences à la communauté Le Printemps".

"Nous observons à Formosa une violence structurale" a confirmé l’anthropologue et elle a invité tous ceux ayant de la volonté à s’y rendre et le constater. Mais elle a précisé "Ne suivez pas le tour touristique organisé par le gouvernement provincial" (des journalistes de la capitale ont visité la province sous l’égide de Gildo Insfrán et ils ne cessent pas de louer la gestion gildiste).

Cardín regrette de ne pas avoir le temps pour raconter toutes les richesses de la communauté (par exemple la langue originaire, la culture, les savoirs) et elle a insisté sur le thème de la pression du Gouvernement. Mais elle a conclu en disant avec un clin d’œil "Mais ce contrôle n’est pas parfait. Il n’a pu avec Félix".

"On ne tolère plus"

Nora Cortiñas a repris deux faits qui l’unissent à la lutte Qom. Un matin de l’année 2011 à la Cámpora elle a agit comme force de choc (avec Andrés Larroque à la tête) dans l’évacuation du camp d’Avenue de Mai et du 9 Juillet ; et les élections de la communauté, dans lesquelles Félix Diaz a été élu par une large majorité (sur l’ancien cacique Cristino Sanabria).

"Félix a gagné la représentation de la communauté, mais il n’a jamais été reconnu par le gouvernement national. Et ce dernier permet la double direction parce qu’ils veulent se défaire de Félix. Entre temps, la communauté est attaquée criminellement", a déclaré la mère de la Place de mai Ligne fondatrice. Elle regrette le silence de la Présidente et elle a précisé qu’elles veulent la fin des attaques. "On ne tolère plus la violence" insiste-t-elle.

Droits de l’homme

Pablo Pimentel, de l’APDH La Matanza, a signalé qu’après le camp Qom à Avenue Mai, le gouvernement national a accepté la création d’un Bureau de Dialogue, il a expliqué que des procès-verbaux ont été souscrits, et qu’à la demande du Gouvernement il a été convoqué une élection au niveau de la communauté pour déterminer qui serait l’autorité ou l’interlocuteur (c’était entre Félix Díaz et Cristina Sanabria, alliée d’Insfrán). "On nous a imposé une méthode d’élection qui n’appartenait pas à la communauté, avec des observateurs de la Nation et de la Province. Malgré tout, Félix a été élu, mais ils ne le reconnaissent pas, c’est une guerre d’usure. Ils ne font pas attention à la volonté de la communauté ni aux organismes des droits de l’homme", a-t-il dénoncé.

Pimentel a manifesté qu’au Bureau de Dialogue, coordonné par le ministre de l’Intérieur Florencio Randazzo, participaient aussi des Grand-mères de la Place de Mai (à la première séance la présidente Estela de Carlotto était présente). "Elles n’y sont plus" a-t-il regretté. Et il a résumé : "Les droits de l’homme sont défendus ou violés. Ici, ils sont violés. Il faut mettre un terme à ce génocide silencieux".

Maravilla

Mirta Acuña de Baravalle, des Mères de la Place de Mai Ligne Fondatrice, a été très brève, elle a déploré la violence contre le peuple Qom et a précisé : "La semaine dernière j’ai vu à la télé la Présidente avec Maravilla Martínez, et je me suis demandé Et Félix Diaz ? Elle a du temps pour un boxeur et pas pour Félix, Il faut lui réclamer de recevoir Félix".

Réaction et silence

De la Cour Suprême de Justice de la Nation on a appelé hier après-midi Félix Diaz pour lui annoncer que le 22 mai se rendra public la définition du tribunal suprême sur la réclamation de la communauté (l’année dernière la Cour avait fait une audience publique à propos du conflit territorial).

Au moment de la clôture de cette note, aucun fonctionnaire national n’avait pas contacté le leader Qom pour aborder les réclamations en suspens, ni les faits de violence subis par la communauté Qom.

Voir en ligne : Freiner l’ethnocide

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