Dominicaines en Argentine, une immigration vulnérable

mercredi 8 mai 2013

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Auteur : Marcela Valente.

Éditorial et Canal : IPS – Objectifs du Millénaire.

Type de document : Article.

Langue : espagnol.

Thème : Migration et femmes.

Mots clés : Exploitation sexuelle, Migration, Femmes, Prostitution, Travail, Traite à des fins d’exploitation sexuelle.

Pays et Régions : Argentine.

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Malgré l’éloignement géographique qui sépare les deux pays, l’Argentine est une destinée souhaitée par les émigrants de la République Dominicaine, notamment par les femmes qui courent le risque d’être exposées aux réseaux de la traite et à des fins d’exploitation sexuelle.

L’immigration dominicaine est beaucoup moins nombreuse que celle des Paraguayens, des Boliviens, des Péruviens et des Uruguayens, qui constituent 80% des étrangers établis au pays depuis 2004, mais elle attire l’attention par des problèmes spécifiques d’insertion professionnelle.

Clarisa Rondó, de l’Association des Dominicains Résidents en Argentine, a raconté à l’IPS que les femmes de son pays arrivent à la recherche de meilleurs horizons de travail, mais étant donné les difficultés pour accéder au marché, nombreuses tombent dans le piège des réseaux de prostitution.

¨L’Argentine est un pays qui nous accueille, qui nous fait penser que l’on fait un pas de l’avant. C’est un grand pays, généreux, qui offre des possibilités¨, signale-t-elle. La Randó est arrivée seule en 1994, âgée de 21 ans ; après elle s’est mariée et a eu deux enfants. Elle a divorcé et a fait des études d’art.

¨ Le nombre de femmes qui viennent a toujours été supérieur à celui des hommes, parce qu’ils ont plus de mal à s’intégrer¨ dit-elle, mais elle ajoute que pour les femmes c’est aussi difficile, cependant ¨elles pratiquent la prostitution¨ a-t-elle admis avec honte.

¨ Beaucoup de femmes sont analphabètes, elles n’ont pas de travail et n’ont pas de choix, elles entrent dans le circuit¨, souligne-t-elle.

La présence de Dominicaines en Argentine est visible lorsque la police occupe les lieux de la prostitution à Buenos Aires ou dans des provinces comme Cordoba, Misiones, la Pampa, Terre du Feu, Rio Negro ou San Luis.

Bien qu’on ne dispose pas de statistiques officielles, Rondo considère qu’il y a environ 40 000 Dominicains et Dominicaines installés en Argentine, dont 15 000 se trouvent à Buenos Aires.

La Sociologue Lucía Nuñez, de l’Université publique de San Martin a expliqué à l’IPS que normalement les Dominicains émigraient aux Etats-Unis ou en Espagne, mais que dans les années 90 ils ont commencé à le faire à l’Argentine.

Elle a signalé que la parité du taux d’échange du peso argentin avec le dollar, fixé à l’époque par une loi, a incité l’arrivée d’immigrants des autres pays de l’Amérique latine, car ils profitaient du taux d’échange pour envoyer des fortes sommes d’argent à leurs pays d’origine.

C’est une de principales raisons qui explique cette vague migratoire, outre la langue commune et la demande argentine de main d’œuvre pour couvrir les services peu qualifiés, tels que le travail domestique, les salons de coiffures, les restaurants, les soins et garde des enfants, des personnes âgées, précise-t-elle.

D’après une étude faite par le Service Œcuménique d’Orientation et d’Appui aux Migrants et Refugiés, connu sous le sigle de CAREF, les immigrants sont arrivés par milliers pendant cette décennie.

Publié par l’Organisation Internationale pour les Migrations, l’étude intitulée ¨Migration, prostitution et traite de femmes dominicaines en Argentine¨ déclare qu’entre 1995 et 2002 se sont établis dans le pays de 12 000 à 15 000 immigrants.

Tous dernièrement, bien que le taux d’échange ne soit plus attirant, la population immigrante augmente. ¨Cette immigration date de longtemps, et certaines parviennent à atteindre un bon poste¨ affirme Rondo.

L’activiste a expliqué que parfois, les femmes hypothèquent leurs maisons pour voyager sous la promesse d’être employées dans le service domestique, mais elles sont enrôlées par des réseaux de traite de personnes et à des fins d’exploitation sexuelle.

En arrivant en Argentine, l’accès à l’emploi devient compliqué, on contraint des dettes avec ceux qui ont payé une partie du voyage et on tombe dans la prostitution ou la traite, raconte Rondo.

La sociologue Nuñez ajoute : ¨ Elles arrivent en Argentine motivées par des promesses de travail qu’à la fin ne se correspondent pas aux attendues, mais elles ont l’espoir de s’intégrer professionnellement pour jouir des meilleures conditions de vie que celles de leurs pays¨.

Et elle continue, une fois sur place ¨ elles ont du mal à trouver un bon travail.¨ Nuñez a écrit ‘Établir des cartes : des corps féminins, espaces et hiérarchisation raciale dans la pratique de la prostitution à Buenos Aires’.

Elle a manifesté aussi que les femmes savent lorsqu’elles émigrent que la prostitution est une des possibilités, par des expériences d’autres femmes qu’elles connaissent, mais ‘beaucoup pensent que ce ne sera pas leur cas’.

Nuñez a étudié le rapport entre la prostitution des rues et l’immigration féminine dans la ville, est elle a centré son étude sur les Dominicaines, qui sont très visibles, puisqu’elles sont d’origines africaines dans un pays où la majorité est blanche ou indigène. D’après son interprétation, elle présente l’image du corps de la femme d’origine africaine comme hypersexuel, par rapport à la femme blanche ou indigène, ce qui la rend encore plus vulnérable.

¨ Ils préfèrent les femmes dominicaines parce que nous avons des grands seins¨ spécule une femme dominicaine en situation de prostitution à Buenos Aires, que Nuñez a interviewé pour son enquête.

¨ Ma mère ne voulait pas que je vienne¨ avoue une autre travailleuse sexuelle au cours d’un autre entretien avec la chercheuse : ¨ Elle me prévoyait l’avenir des femmes qui viennent ici, mais je n’ai pas cru un mot¨.

Face à ce phénomène le gouvernement argentin a commencé à exiger un visa aux immigrants dominicains dès le mois d’août 2012 et a facilité le permis de résidence permanente pour tous ceux qui étaient déjà sur place.

Rondo pense que le visa n’est pas la solution, ce que pensent aussi les membres de CAREF où l’IPS a consulté Gabriela Liguori et les fonctionnaires de l’ambassade de la République Dominicaine á Buenos Aires. Ils affirment tous que la nouvelle exigence ne freinera pas le problème.

¨ Tout cela aggrave les choses, car cela sera plus difficile et elles chercheront d’autres moyens, soit légale ou illégalement, et à la fin elles seront moins protégées et plus exposées au négoce de la traite¨ a signalé l’activiste.

Par contre, ils pensent que c’est une très bonne idée de faciliter les démarches de régularisation de ceux qui sont entrés comme touristes et qui sont actuellement illégaux, car ils pourront disposer d’un permis de résidence pour trois ans, et ils pourront travailler.

Le programme compte sur l’appui du Consulat dominicain, du Ministère des Affaires étrangères de l’Argentine et de l’Office de secours et d’accompagnement des personnes sinistrées par le délit de traite et du Ministère de Justice.

Le régime de régularisation a commencé en janvier et fonctionnera jusqu’au mois de juillet ; au mois de mars on avait délivré 631 résidences précaires, d’après l’information de la page web de la Direction Nationale de Migrations.

Finalement Rondo a manifesté ¨Je pense que les gens qui viennent doivent régulariser leur situation, étudier ou travailler, parce que même si certaines viennent pour se prostituer, elles devraient au moins avoir d’autres alternatives. Mais sans papiers, elles sont bien obligées à se prostituer¨.

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