Guatemala : L’état de siège, cette fois-ci pour protéger ‘l’investissement’ canadien

mardi 7 mai 2013

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Auteur : Ollantay Itzamná.

Publication : Amérique latine en Mouvement.

Canal : Agence Latino-américaine d’Information (ALAI).

Type de document : Article.

Langue : espagnol.

Thème : Environnement.

Palabras clave : Droits de l’homme, Gouvernement, Investissement étranger, État, Mines, Politique, Population autochtones, Ressources naturelles, Violence institutionnelle.

Pays et Régions : Guatemala.

Sommaire :

- Introduction.

- État de siège permanent comme méthode de gouvernement.

- Investissement ou invasion canadienne.

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Le Président Otto Pérez Molina, militaire en retraite (accusé par ses anciens compagnons comme coresponsable du génocide commis pendant la guerre interne) a décrété le 1er mai dernier, le deuxième état de siège de son gouvernement. Cette fois-ci pour réprimer la population autochtone Xinca, dans les municipalités de Jalapa et de Mataquescuintal (Département de Jalapa), et de Casillas et San Rafael Las Flores (Département de Santa Rosa) et pour protéger les ‘investissements’ de la société minière canadienne Tahoe Reources (Mines San Rafael).

Le 1er mai 2012, Pérez Molina a aussi décrété un autre état de siège contre la population de Maya, à la municipalité de Barillas, Huehuetenango, pour défendre les intérêts de la société espagnole Hidro Santa Cruz, qui en ce moment agit avec un certain calme parce que les dirigeants des organisations en résistance de la localité ont été assassinés et emprisonnés.

Ces états de siège ne coïncident pas en dates et en cibles, mais si en leurs méthodes d’application.

État de siège permanent comme méthode de gouvernement

Pour le cas de l’hydroélectrique espagnole, ainsi qu’en ce qui concerne la mine canadienne, le gouvernement a autorisé les deux entreprises à faire de l’exploration et de l’exploitation des projets contre la volonté exprimée par les populations autochtones de localités.

Devant la présence gênante des équipements des sociétés, les deux populations autochtones ont exigé des contacts avec le gouvernement pour se faire écouter, mais étant donné qu’elles n’y sont pas arrivées, elles se sont mobilisées et ont empêché l’invasion de leurs territoires par les sociétés. Dans les deux cas, les gardes privés des sociétés ont tiré et ont assassiné certains leaders autochtones mobilisés, cette situation a déclenché la rage des personnes organisées dans la résistance et elles ont brûlé les équipements et ont arrêté des agents de police de l’État.

Tout de suite, le gouvernement a décrété l’état de siège dans les deux territoires et a mobilisé des milliers de militaires et d’agents de police pour arrêter tous les dirigeants autochtones, et les enfermer pour le crime de terrorisme et de crime organisé. Est-ce qu’il s’agit d’une coïncidence ? Ou s’agit-il d’une méthode peu intelligente du gouvernement de ligne dure ?

Sous le gouvernement d’Otto Pérez Molina, il y a eu environ 20 meurtres ciblés des leaders d’organisations sociales et autochtones du pays, s’opposant à l’invasion des sociétés extractives dans leurs territoires. Mais il n’y a pas un seul détenu ou poursuivi inculpé pour ces crimes ! Eh bien, les prisons son remplies de leaders autochtones et des paysans conscients qui défendent la souveraineté et la dignité de ce pays siégé par les transnationales.

À titre d’exemple, l’illusion de ‘l’investissement’ privé au Guatemala comprend 60% du territoire national cultivable sous le contrôle des sociétés de monocultures. Il y a 428 projets miniers (dont 176 de minerais) sur tout le territoire national, qui est plus petit qu’un département de la Bolivie ou du Pérou.

Investissement ou invasion canadienne

Tout dernièrement, le Canada a élargi ses investissements en matière des mines et du pétrole sur plus de 100 pays, et sur le total de l’investissement canadien dans ces secteurs, 70% se trouve à l’étranger. Pourtant, les accusations pour des violations des droits de l’homme, pour des dommages socio-environnementaux, des conflits du travail, entre autres, sont enregistrées provenant de différentes parties du monde contre les sociétés canadiennes. Citons quelques exemples en Amérique latine :

Chili : Les activités de la société canadienne Barrick Gold, sur le mégaprojet Pascua-Lama, ont été arrêtées par les autorités judiciaires chiliennes à causes de dommages socio-environnementaux.

Bolivie : Le gouvernement bolivien a récemment annulé le dossier minier de South American Silver Corporation à Potosí, pour le non respect des accords. Actuellement cette société canadienne a ouvert un arbitrage international contre l’État bolivien.

Pérou : L’année dernière, la société canadienne pétrolière Talisman a quitté urgemment l’Amazonie péruvienne devant la résistance et le soulèvement de la population Achuar, provoqués par les violations socio-environnementales de la société.

Honduras : La société minière canadienne Goldcorp (exploitation d’or à ciel ouvert à Valle de Siria, Morazan, Honduras) a été accusée pour sa participation, avec d’autres sociétés, au coup d’état qui a renversé Manuel Zelaya au mois de juin 2009. Cette société s’est impliquée dans le coup, parce que le Président Manuel Zelaya avait essayé d’interdire l’exploitation minière à ciel ouvert, l’emploi du cyanure et la surexploitation des bassins hydrauliques dans les projets de mines. Le gouvernement de Pepe Lobo (promoteur du coup d’état) a promulgué, il y a quelques mois, une Loi des mines rédigée entre Toronto et Tegucigalpa, approuvant tout le contenu du dossier que Zelaya voulait interdire. Actuellement sur les 200 demandes de concessions minières à Honduras, près de la moitié proviennent des sociétés canadiennes.

Guatemala : À présent, à Toronto, Canda ; un tribunal est en train de décider s’il pénalise ou pas une société minière canadienne, la Hudbay, accusée des violations des droits de l’homme au Guatemala. Depuis le 1er mai, la population autochtone Xinca (à l’est du pays) subit la militarisation et l’état de siège pour garantir les activités de la société minière canadienne Tahoe Resources, contre la volonté exprimée par la population autochtone.

Est-ce que les milices portant des costumes et des cravates qui (ne)gouvernent (pas) ce pays divers ne connaissent pas ces références ? Ou bien ont-elles pris trop au sérieux le mirage néolibéral de la ‘croissance’ économique qui devrait faire du Guatemala un puissant pays ? Qu’y-a-t-il dans l’esprit de M le Président, qui se dit ne pas avoir les mains tâchées de sang ?

Certes, personne ne pardonnera le déficient État de Guatemala de devenir un gendarme sans-cœur de l’investissement étranger afin de criminaliser, de poursuivre et d’assassiner la conscience morale du peuple. Les Guatémaltèques conscients, autochtones ou pas, organisés et mobilisés pour défendre les biens naturels du pays ne sont pas de criminels ni de terroristes, ils sont la redoute et le bastion de la dignité et de la souveraineté du pays, dont les élites n’ont pas été capables de représenter.

M le Présidente, ne pressez pas la dynamique croissante de convulsion sociale généralisée dans le pays, car cela pourrait vous faire renverser bien avant la fin de votre mandat. Ce peuple a déjà commencé à ne plus avoir peur du fusil et de la botte militaire. Souvenez-vous, M le Président que les processus révolutionnaires de l’Équateur, de la Bolivie, du Venezuela, de l’Argentine, etc. sont en bonne partie le résultat de la recrudescence violente de la tyrannie du système néolibéral.

Voir en ligne : Guatemala : L’état de siège, cette fois-ci pour protéger ‘l’investissement’ canadien

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