Rapport sur la Colombie, un pays qui est devenu minier

lundi 13 mai 2013

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Auteur : Constanza Vieira

Éditorial et Canal : IPS – Cibles du Millénaire

Type de document : Article

Langue : espagnol

Thème : Habitat

Mots clés : Droit international humanitaire, Droits de l’homme, Déplacés, Exploitation de ressources naturelles, Justice, Législation, Mine, Paramilitaires, Violations des droits de l’homme

Pays et Régions : Colombie

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"Je suis déplacé ici depuis un mois à cause de l’exploitation minière. J’ai dû quitter ma municipalité à cause de l’exploitation de la mine illégale, ne dites pas d’où je viens, et encore moins mon nom !" L’IPS a convenu avec cet homme noir de jais, d’environ 40 ans, qu’il venait du sud de la Côte du Pacifique de la Colombie.

Là-bas, au milieu d’une biodiversité débordante, entre la chaîne des Andes et la côte océanique se déplacent les deux guérillas gauchistes, une en plein processus de négociation pacifique avec le gouvernement de Juan Manuel Santos et l’autre en train de s’engager dans le même chemin.

On y trouve des groupes paramilitaires de l’ultra-droite, que les autorités appellent Bacrim (bandes criminelles) après une démobilisation négociée sous la présidence d’Alvaro Uribe (2002-2010). Ce sont les seuls secteurs armés en croissance.

À présent, ces bandes exploitent les mines d’or, activité ancestrale dans le territoire. La production et le trafic de cocaïne ne dépasse pas le sud de la région connue sous le nom de la Côte Pacifique, confirme-t-il. "L’affaire ici, c’est l’or" déclare l’homme qui se dit déplacé de son foyer.

D’après ses informations, l’or produit aujourd’hui 13 et 23 fois plus de bénéfices nets que la cocaïne au sud-ouest colombien, près de la frontière équatorienne.

Mais pour exploiter l’or il faut plus de capital initial. Et la mine provoque beaucoup de conflit.

Au cours des derniers vingt ans, la Colombie a radicalement changé en devenant un pays minier et pétrolier. Et les institutions ne répondent pas à cette nouvelle réalité.

C’est la conclusion des experts qui se sont entretenus avec l’IPS dans le cadre de la présentation de "L’exploitation minière en Colombie : Fondements pour dépasser le modèle extractiviste", il s’agit de l’étude le plus complet fait jusqu’à présent, c’est le premier d’un groupe de rapports du Bureau du Contrôleur général de la République, l’instance suprême interne de contrôle fiscale.

L’économiste Luis Jorge Garay a dirigé pendant six mois le groupe d’auteurs, composé par les experts Julio Fierro, Guillermo Rudas, Álvaro Pardo, Fernando Vargas, Mauricio Cabrera, Rodrigo Negrete et Jorge Espitia.

Les commentateurs, pendant la présentation du lundi 6 ont été Manuel Rodríguez, ancien ministre de l’Environnement, Jorge Iván González, directeur du Centre d’Études Économiques de la l’Université publique et nationale et le juriste expert en droit constitutionnel Rodrigo Uprimny, directeur de la non gouvernementale DeJusticia.

"Cette enquête est très importante, car pour la première fois apparaît dans un seul volume la situation complexe de la mine sous tous ses angles : du point de vue environnemental, social, juridique et économique", a signalé Rodríguez.

Il a ajouté que "Nous pouvons constater que le secteur minier est exploité sans tenir en considération les énormes coûts sociaux et environnementaux qu’il implique".

La Constitution de 1991 établit une série des droits fondamentaux, qui ne sont pas tenus en compte par les normes minières. Un agent en fonction peut prendre une décision contraire à la Charte fondamentale, mais sa décision l’emportera dans la pratique.

"L’État est en train de renoncer, depuis deux ou trois décennies, à la participation aux ressources découlant de l’exploitation minière légale" a signalé l’économiste Rudas. "Le problème ne concerne pas seulement la mine illégale, mais aussi l’exploitation légale, qui ne laisse pas de bénéfices pour établir un État fort, capable de régler les autres problèmes" a-t-il argumenté.

La contrôleuse générale, Sandra Morelli, a signalé que "l’État colombien s’est petit à petit affaibli, non pas du point de vue de sa dimension, mais de la compétence technique et juridique pour intervenir, d’une façon plus opportune, afin d’éviter des affectations à l’intérêt public".

L’exploitation minière apporte annuellement à la Colombie environ 1 100 milliards de dollars, d’après la contrôleuse. "On pourrait se poser la question, est-ce que ce chiffre compense-t-il l’impact de l’activité minière ?".

Actuellement, les principaux chapitres miniers de la Colombie sont le charbon, dixième producteur mondial, le nickel, septième rang et l’or, vingt-deuxième rang parmi les plus gros producteurs.

"En Colombie, il existe l’idée qu’il faut attirer l’investissement étranger par des politiques permissives. Et cela est faux. L’investissement étranger vient où il y a de ressources, mais surtout où les normes et les réglementations sont claires", a déclaré Garay, le directeur de l’étude.

"Ce rapport montre que l’exploitation minière, bien que prometteuse, entraîne d’énormes dangers" a signalé Uprimny. Ces dangers portent sur l’environnement, sur les impacts nocifs aux populations autochtones et d’origines africaines, sur des différends concernant la tenure de la terre et l’agriculture, jusqu’à l’éventuelle intensification du conflit armé et le déplacement.

"Cette étude présente certaines recommandations pour renforcer les normes environnementales et la capacité régulatrice juridique. C’est un rapport important pour affronter un pays qui est devenu minier", a remarqué le constitutionnaliste.

"Tous les permis environnementaux sont accordés, seulement 3 pour cent des sollicitudes sont refusées", a affirmé Uprimny.

La personne déplacée, qui a participé à la présentation du rapport, se trouve parmi les minorités affectées et dans le trois pour cent rejeté. "Les communautés d’origines africaines ne reçoivent pas de licence d’exploitation minière. On leur dit qu’ils n’ont pas les conditions nécessaires", ajoute-t-il.

"Il existe une coïncidence territoriale, dans des termes géographiques, avec des phénomènes de déplacement", a indiqué l’avocat et sociologue Fernando Vargas, "et des territoires où il y a des sollicitudes d’exploitation minière ou des licences".

"Sur tous ces territoires ancestraux, l’exploitation de l’or crée des tensions très graves et des crises humanitaires, des violations du droit international humanitaire et des graves et systématiques violations des droits de l’homme", a-t-il conclu.

Voir en ligne : http://www.ipsnoticias.net/nota.asp...

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